samedi 20 février 2010

Crozet: île étape du tour du monde


Un voilier dans la crique du navire
Situé au sud de l’océan indien à équidistance entre l’Afrique du sud et le continent Antarctique, et a près de 3000 km des côtes de ces 2 continents, l’archipel de Crozet est isolé de tout. En dehors des rotations du Marion et des navires de surveillance de la Zone Economique Exclusive, aucune visite n’est attendue. Sa position, entre les 40eme rugissant et les 50 ème hurlant décourage par ailleurs la plupart des navigateurs de venir croiser dans les parages…

Cela confère aux lieux une relative quiétude et une certaine tranquillité. Les jours se suivent sans que personne ne songe recevoir la moindre visite.
Le matin, après le petit déjeuner en vie com, les uns descendent à la plage étudier « leurs manchots », les autres rejoignent leur poste dans les bâtiments qui leurs sont dédiés, (les cuisines, la coopérative, la gérance postale, la centrale électrique, les ateliers, les laboratoires…) et régulièrement, quelques groupes sont sur le départ pour une journée de terrain. Les jours se suivent ainsi au rythme de la colonie, du travail et des manips.

Régulièrement les uns ou les autres regardent la mer en face et disent un mot sur la vue que procure l’ile de l’est, le souhait qu’ils auraient d’y aller ou le récit des naufragés de « l’Aventure » mais personnes ne regarde vraiment si une voile pointe à l’horizon. Personne n’attends personne.


L'archipel de Crozet est isolé de tout ...

L'Ile de l'Est vue de la Possession

Pourtant le 30 décembre 2009, c’est bien un bout de toile blanche qui apparaît au loin. Inattendu, la vue du voilier crée la surprise générale. A la radio la nouvelle se propage en un éclair. Un voilier à Crozet : c’est l’information du jour. Sur la base chacun sort de ses bâtiments et regarde le frêle esquif tâtonner le long des côtes. A la manchotière les scientifiques sortent de leurs shelters et s’avancent vers la plage. Le voiler prend du temps pour repérer les lieux et identifier la baie du Marin puis s’avance tout doucement. Le vent de Nord Ouest est de force 5 à 6 avec des rafales à 60-70 Km/h. Par chance la crique du navire permet de bien s’abriter de ces vents dominants. A l’intérieur, le bateau, tourne en rond puis fini par poser l’ancre à l’endroit donné : à quelques centaines de mètres de la plage, en face du Wharf. Tous ceux descendus sur la plage observent l’arrivée du navire avec attention.

Un voilier à l'horizon de la baie du Marin

Odessa 215 : une date anniversaire pour un voilier ukrainien

Arrivée à la rame

L’avant du voilier porte l’inscription « Odessa 215 » mais le pavillon à l’arrière est difficile à identifier. En revanche on distingue trois personnes à bord. Bleu en haut et jaune en bas, nous apprenons finalement que ce pavillon est celui de l’Ukraine. Des ukrainiens à Crozet : incroyable!
Après avoir posé l’ancre, et hissé le pavillon français les trois membres d’équipages prennent le temps nécessaire pour sécuriser le mouillage, plier les voiles et préparer le débarquement. Ils procèdent avec méthode et semblent bien maîtriser la situation. Au bout de quelques temps ils gonflent l’annexe, y accrochent un bout et la mettent a l’eau. Bientôt un homme se glisse à l’intérieur avec une paire de rame. Le vent à légèrement baissé mais il reste fort avec des rafale. L’embarcation est toute petite et ne possède pas de moteur. Contre le vent, le trajet à la rame entre le bateau et la plage est délicat. Avec une eau à 5°, il ne faut pas chavirer!

Finalement Stas le capitaine du voilier atteint la plage avec succès. Dans un anglais approximatif, il confirme, que l’équipage est Ukrainien. Les trois hommes font un tour du monde. Ils sont partis il y à quatre mois et leur dernière escale remonte à 3 semaines. Ils souhaitent savoir s’il est possible de faire escale ici pour s’y laver, y faire de la lessive, acheter quelques provisions, passer des communications et si possible, s’y reposer 2 à 3 jours. Heureux d'accueillir des visiteurs sur l’île de la possession, nous leur souhaitons la bienvenue et leur proposons de venir loger sur base .

L’arrivée sur base dépasse leurs espérances. Au bout de la piste qui remonte de la plage, ils découvrent d’abord un petit village posé avec une trentaine de bâtiments et autant d’habitants. Puis au fur et à mesure que les portes s’ouvrent ils y trouvent une chambre avec une douche et des draps propres, un bar et une salle de restaurant avec des messages en ukrainiens accrochés aux murs pour leur souhaiter la bienvenue. Malgré l'obstacle de la langue, nous les sentons émus et touchés par cet accueil, et soulager de trouver ici un lieu de repos après l'épreuve des derniers jours en mer... comme une oasis au milieu du désert.

Arrivée sur la base Alfred Faure

Première photo à chaud et au chaud

Photo souvenir devant la Residence

Andreï, Stas, et Alexander devant la plage à Crozet

Nous découvrons progressivement leur périple. Les trois hommes sont partis depuis Odessa sur les bords de la Mer Noire. Ils ont traversé la méditerranée puis fait escale au Cap Vert. Ensuite, ils sont descendu tout droit dans l’Atlantique sud jusqu’à Tristan da Cunha : un volcan perdu située par 37°S et 15°Ouest. Il y ont fait une courte escale puis sont arrivés à Crozet au terme de trois semaines de navigation difficiles. Après cette étape, leur route doit passer par Kerguelen, le sud de l’Australie puis la Nouvelle Zélande. De là-bas leur objectif est d’atteindre le sud du Chili et Ushuaia pour le début du mois d’avril. Ensuite le projet consiste à remonter progressivement les côtes argentine et brésilienne avant de traverser l’atlantique et la méditerranée pour enfin rejoindre la mer noire et leur port d’attache : Odessa.

Ce voyage autour du monde a commencé le 02/09/2009 : jour anniversaire de la fondation de la ville d’Odessa par l’impératrice Catherine
II, 215 ans au paravant. Il est initialement prévu pour durer un an et l’équipage espère être de retour pour le 216ème anniversaire de la ville. Stas, le capitaine, se présente volontiers comme un enfant d’Odessa. Il y est né, y a grandi, en est parti quand les choses tournaient mal mais y est revenu. Aujourd’hui, la ville d’Odessa finance en bonne partie ce voyage et les trois hommes en sont les ambassadeurs. Leur bateau « Ivanois » est un swan de 11,35 m en polyester. Il date de 1982 et leur est mis a disposition pendant un an par le port d’Odessa.

La nuit sur base est réparatrice. Arrivés la veille les traits tirés, fatigués et hirsutes, ils apparaissent au petit matin, frais et rasés de près. Visiblement heureux d’être là. Cette première journée à Crozet leur permet de joindre leurs proches par téléphone et d’échanger des nouvelles ; c’est également l’occasion de profiter de la coopérative et des conseils de Lionel le Chef Appro pour parfaire leur équipement, acheter des bottes et des vêtements de pluie plus adaptés. Ce premier jour passé à terre est également le dernier de l’année. Nous somme le 31/12/09 et c’est jour de fête.

Pour l’occasion Louise notre nouvelle Ecobio, a proposé de commencer la soirée par un apéritif déguisé en insecte dans la serre. Cet événement permet de marquer la réouverture du lieu, condamné pendant plusieurs semaines pour cause de ... prolifération de pucerons !!!. Du coup, ce soir dans la serre australe de Crozet, « sont réunis en grand conciliabule, les adeptes les plus sélectes de la secte des insectes ». Ce grand conseil accueille d’abord bien sagement nos invités puis au moment du repas, la soirée prend son envol et chacun se sent pousser des ailes pour finir jusque tard dans la nuit.

Soirée insecte à la serre australe de Crozet

Louise: eco-biologiste, à l'origine du thème de la soirée du 1er de l'an

Alexander, Stas et Andreï en habit de lumière

Soirée du 1er de l'an 2010 à l'étoile australe

Meilleurs voeux à toute l'équipe de la 47 et à tous ...

Les jours suivants, l’équipage d’Ivanois met à profit son escale pour se reposer, ranger et nettoyer le bateau, faire les pleins d’eau et de gasoil puis se promener au milieu des manchots et des albatros. Toute l’équipe sur base se mobilise et joue à fond le jeu de l’hospitalité. Les uns leur offrent des cigarettes les autres prennent en charge la carte du bar les autres encore donnent la main ou réparent une pièce cassée. Chacun fait de son mieux pour qu’ils gardent le meilleur souvenir de Crozet.

Le 5 janvier 2010 est le jour du départ. Le matin le capitaine s’acquitte des procédures administratives puis selon la tradition, s’adonne à la signature du livre d'or et de plusieurs plis spéciaux. Organisée à la gérance postale, cette séance est l’occasion de mettre en lumière le tampon du bateau et le profil des 3 membres d’équipage.

Tampon du voilier Ivanoïs

Plis spéciaux en souvenir du passage du voilier Ivanoïs à Crozet

Le midi est le moment du dernier repas en commun. Stas, le capitaine en profite pour offrir à la mission un très bel ouvrage dédicacé sur la ville d’Odessa, puis avec quelques mots chargés en émotion, il s’adresse à toute l’équipe. Il nous confie qu’avant d’arriver à Crozet, le voyage avait été particulièrement difficile. Après Tristan da Cunha ils ont essuyés plusieurs tempêtes successives et ces trois dernières semaines ont étés les plus éprouvantes de toutes leurs vies de marins. Leur arrivée à Crozet et l’escale qu’ils viennent d’y passer est pour eux la plus belle et la plus réparatrice jamais espérées. Tous les trois portent désormais Crozet dans leur cœur et les moments passés pendant cette escale resteront à jamais gravé dans leur mémoire.

Ouvrage de photo sur Odessa offert à la mission

Dedicace du capitaine du voilier Ivanoïs

En retour chacun des membres de l’équipe de Crozet a porté sa signature sur une carte de l’ile de la Possession et selon la coutume désormais propre à la mission 47, cette carte lui est remise solennellement en guise de souvenir collectif.

Alexander, Andrei et Stas, quittent la plage de la grande manchotière à 15H00 après 6 jours d’escales bien mérités. Leur passage à Crozet a marqué les esprits, attiré la sympathie et imposé le respect. Tous les membres de la mission sont heureux d’avoir fait de Crozet une grande et belle étape de leur tour du monde et leur souhaite bon vent.

Préparatifs de départ

Avant dernier va et vien de l'annexe

Au revoir...

... et bon vent.

1 commentaire:

Eric a dit…

Superbe article qui m'a fait rêver ! Merci pour ce blog qui me permet de voyager à Crozet virtuellement, à défaut d'espérer me rendre un jour là-bas (mais sait-on jamais).